Le thème de ce 11e défi d'écriture est « écrire à partir d'une photo ». Je dois dire que j'ai eu du mal à choisir. Enfin... j'avais bien une idée, parce qu'il y a une photo qui m'a marquée cette semaine. Une photo tellement choquante, tellement atroce, que je pense que je ne l'aurais pas affichée ici ; je me serais contentée de la décrire et de fournir le lien si jamais quelqu'un voulait la voir. Et puis je suis tombée sur un article à ce sujet, qui résume parfaitement mon ressenti par rapport à cette photo, et ce qui en découle. Je vous invite à aller le lire sur le blog Août à Paris. (Si ça peut vous rassurer, elle ne la montre pas directement non plus, elle l'a résumée en dessin - c'est largement suffisant pour comprendre, mais moins horrible à regarder.) Du coup, je me sens un peu soulagée d'avoir lu ça, et j'espère pouvoir chasser cette horreur de ma tête.
Mais je trouvais toujours rien à me mettre sous la dent, à tel point que j'ai passé un appel au secours sur Facebook, pour qu'on m'envoie une photo... et même là, rien ne m'a vraiment donné envie (et en plus j'étais pas en super forme, j'ai rien pu manger de la journée et j'ai fait une sieste de 3h, j'avoue que ça aide pas à se motiver).
Et puis, j'ai pensé à une photo qui me permettrait de développer un thème important pour moi, quelque chose qui me tient vraiment à cœur. J'ai pas mal hésité, parce que c'est quelque chose de très perso, mais je me dis que ça en vaut sûrement la peine. J'espère ne pas me tromper.
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| Projet « Peau » - © Pendora's Box |
J'ai posé une nouvelle fois pour Pendora, et me voilà à moitié à poil sur Internet. Je suis ravie du résultat, et des réactions qu'il a suscitées jusqu'ici. Pourquoi j'ai fait ça ?
Déjà, pour le plaisir. Parce que j'avais vraiment adoré notre première séance, et que mon impression s'est confirmée cette fois-ci : c'est vraiment une façon très agréable de passer une après-midi, et c'est très gratifiant de bosser avec quelqu'un d'aussi talentueux (j'ai l'air de jeter des fleurs, mais franchement c'est vrai, allez voir son site). Ensuite parce que ce projet-ci était un gros pari pour elle, totalement à l'opposé de ce qu'elle fait d'habitude : habituée des maquillages artistiques poussés, elle voulait essayer quelque chose d'épuré, sans make-up, juste un peu de coiffure et un éclairage sympa. Et ça marche ! On est une douzaine à avoir participé au projet « Peau », toutes différentes, et je trouve cette série splendide - et je suis extrêmement honorée d'en faire partie.
Ensuite, parce que c'est une forme d'engagement militant de ma part. J'en entends pouffer dans le fond : « La meuf elle milite les seins à l'air, elle se prend pour une FEMEN ou quoi ? » Alors, non. Déjà, je peux pas supporter ces nanas-là qui donnent une image lamentable du féminisme (Janek en parle très bien cette semaine d'ailleurs, allez voir ça). Ce que je veux montrer par cette photo, c'est que tous les corps peuvent être beaux, même ceux qui ne répondent pas aux canons de beauté qu'on nous ressasse sans arrêt - même le mien, bordel !
J'ai passé des années à traiter mon corps au mieux avec indifférence, au pire avec mépris. Pas parce que moi je ne l'aimais pas, mais parce que la société toute entière me disait que je n'avais aucun droit de l'aimer, parce que je suis obèse (je préfère ne pas m'attarder sur cette classification basée sur l'IMC et tout ce qu'elle a d'arbitraire et de dégradant). Partout s'affichait un seul modèle de corps - qui avait d'ailleurs tendance à maigrir au fil des années. Le mien ne correspondait pas, je le cachais. De toute façon, les seules fringues que je trouvais à ma taille étaient faites pour me cacher. Je trouvais d'autres façons de m'exprimer extérieurement, principalement par le biais de mes cheveux - ça attire l'attention ailleurs, c'est pratique.
Mais ces derniers temps, il se passe quelque chose. Les grosses en ont eu marre de se faire piétiner, et reprennent le dessus, avec classe. Je pense par exemple à Tess Munster et son mouvement Effyourbeautystandards, à Jes de l'excellent blog The Militant Baker, à Meghan Tonjes, qui a posté une photo de ses fesses sur Instagram - photo qui a été rapidement retirée parce qu'Instagram avait estimé qu'elle ne respectait pas ses conditions d'utilisation en matière de pornographie.. La différence avec les milliers d'autres nanas qui postent régulièrement leur popotin ? Meghan, elle, a un gros cul. Mais plutôt que de se renfermer dans son coin, elle a décidé d'en profiter pour faire un scandale et lancer la BootyRevolution !
Je me rends compte que tout ça sonne très anglo-saxon... en France aussi, ça avance, avec le magazine VolUp2, la blogueuse/mannequin/comédienne/créatrice Stéphanie Zwicky (alias BigBeauty), le défi French Curves des blogueuses mode rondes, et des filles comme Daria Marx ou Salomée, avec son Observatoire de la Grossophobie et du Body Shaming. Dénonciation des discriminations d'une part et revendication de ce que l'on est d'autre part... un vrai vent de fraîcheur !
Je me rends compte que tout ça sonne très anglo-saxon... en France aussi, ça avance, avec le magazine VolUp2, la blogueuse/mannequin/comédienne/créatrice Stéphanie Zwicky (alias BigBeauty), le défi French Curves des blogueuses mode rondes, et des filles comme Daria Marx ou Salomée, avec son Observatoire de la Grossophobie et du Body Shaming. Dénonciation des discriminations d'une part et revendication de ce que l'on est d'autre part... un vrai vent de fraîcheur !
Bref, avec tout ça, je me sens mieux, je me sens moins seule, plus entourée, j'ai moins l'impression de faire partie d'une frange de la population qu'il faut cacher (franchement, j'exagère à peine - surtout en France où on a ce mythe de La Française, classe et filiforme, c'est super mal vu de dépasser le 40, peu importe si ça concerne plus de la moitié de la population féminine...).
Du coup, j'ai moi aussi envie de faire partie du truc, à ma petite échelle... d'où cette photo. Je ne veux pas rester inactive pendant que d'autres se battent pour moi, alors que là, je peux faire quelque chose, même si c'est aussi symbolique que montrer mon gras sur le web, de façon relativement confidentielle.
Du coup, j'ai moi aussi envie de faire partie du truc, à ma petite échelle... d'où cette photo. Je ne veux pas rester inactive pendant que d'autres se battent pour moi, alors que là, je peux faire quelque chose, même si c'est aussi symbolique que montrer mon gras sur le web, de façon relativement confidentielle.
C'est peut-être un peu naïf et idéaliste de ma part, mais je pense que pour qu'une bonne partie des discriminations s'arrête, il suffit de donner plus de visibilité à ceux qui en sont victimes. Tout simplement pour montrer que ce sont des gens comme les autres, et qu'il n'y a aucune raison de les traiter autrement.
Enfin, et ça découle du deuxième point, c'est forcément un peu par narcissisme. Comme je le disais, c'est quelque chose de nouveau pour moi : m'apprécier physiquement, de façon légitime, et accepter que les autres m'apprécient aussi (bien sûr que c'était déjà le cas, mais j'avais beaucoup de mal à accepter les compliments, qu'ils viennent de mon mari - l'amour rend aveugle, de mes amis - c'est parce qu'ils m'aiment bien ou d'inconnus - c'est pour se moquer de moi... ).
Donc oui, qu'une photographe que j'admire me dise qu'elle a envie de bosser avec moi, que les quelques personnes qui ont vu la photo l'aient appréciée - qu'elles me soient connues ou non -, ça fait du bien à l'ego, c'est clair. Et quel mal il pourrait y avoir à ça ? Ça booste mon moral, ma confiance en moi ; je me sens mieux à tous points de vue, pourquoi s'en priver ? C'est presque une forme de thérapie.
Voilà, avec tout ça, j'espère que cette photo vous plaît encore plus que la première fois que vous l'avez vue :)
(PS : le titre fait référence à une très bonne BD de la dessinatrice Gally.)
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Mes acolytes

